"Les drogues, il vaut mieux ne pas en parler, car si on en parle, il faut hurler avec les loups.” En une phrase, rapportée par la sociologue Anne Coppel, François Mitterrand résume ce qui sera la non-philosophie du PS au cours de ses deux septennats et bien au-delà: une litanie de rendez-vous manqués.
Par peur d’apparaître laxistes, voire complices, par désintérêt, les socialistes optent pour l’immobilisme. Jusqu’à ce que le sida ne force à agir. Et là encore, c’est finalement lors des deux cohabitations avec la droite que seront prises les mesures phare de la réduction des risques. Faut-il y voir un signe prémonitoire?: le lendemain de l’élection de François Mitterrand à l’Elysée, Bob Marley meurt à Miami
Une question taboue
En 1978, le PS s’était pourtant engagé à dépénaliser l’usage de cannabis. Trois ans plus tard, François Mitterrand a déjà effacé les drogues de ses 110 propositions
Pour les socialistes, qui sont passés à côté de Mai68 et de la contre-culture, la question des drogues fait sourire. Ils sont alors persuadés que la dépénalisation existe de facto, ce qui n’est pas exact. Mais il est vrai que ceux qui se font arrêter sont généralement basanés”, explique Anne Coppel, pionnière de la réduction des risques.
Nouveau symbole : Géné, journaliste à Libé, le journal de “l’Appel du 18 joint”, est condamné pour trafic de drogue quelques semaines après l’élection de Mitterrand. Dans son appel à la libération de son camarade (“La vérité sur la drogue, c’est justement son travail”), Serge July s’en prend à l’hypocrisie socialiste sur le sujet
Il faudra attendre avril 1983 pour que le président de la République aborde officiellement le sujet… pour demander à “l’Etat tout entier de se mobiliser” contre les drogues, rapporte Jean-Pierre Galland dans Fumée clandestine. C’est l’autre tournant de la rigueur. Le 20 novembre 1985, le Conseil des ministres organise la chasse aux revendeurs. Pour Anne Coppel:
« Mitterrand prend conscience que la meilleure façon de rassurer l’opinion est de prendre ses peurs au sérieux, et donc de renforcer la loi. La question des drogues devient taboue.”
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