Pour Antonio Mazzitelli, représentant de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) au Mexique
et ancien représentant régional à Dakar, l'Afrique de l'Ouest est encore loin de connaître la situation de la Colombie et du Mexique, profondément gangrénés par la drogue, mais des risques réels de déstabilisation à cause du trafic existent
Depuis que les routes africaines de la cocaïne ont pris de l’ampleur, au milieu des années 2000, la question est lancinante. Y-a-t-il des narco-Etats en Afrique ? Avec l’accroissement des quantités de drogues dures (cocaïne, héroïne, méthamphétamine) transitant par la région, certains Etats africains peuvent-ils connaître des situations similaires à celles de la Colombie et du Mexique ? Dans un long article, paru aux Etats-Unis dans la revue du Western Hemisphere Security analysis center de l'université de Floride, Antonio Mazzitelli revient longuement sur la genèse du phénomène en Afrique de l’Ouest et tente de répondre à ces interrogations.
Antonio a été, pendant plusieurs années, le représentant de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), en Afrique de l’Ouest. Avant cela, il fut un poste en Iran, au Nigéria, aujourd’hui, il est au Mexique, un pays aujourd’hui déstabilisé par les cartels de la drogue. Bref, il est l'un des rares à connaître parfaitement la situation de part et d'autre de l'Atlantique.
Des différences importantes
A ses yeux, les situations du Mexique, de la Colombie et de l’Afrique de l’Ouest sont très différentes. « La Colombie et le Mexique ont construit leur industrie de la drogue sur des réseaux préexistants qui cultivaient et exportaient ou trafiquaient », indique-t-il dans son article. Dans le cas de la Colombie, précise Antonio Mazzitelli, « le boom de la cocaïne a été construit sur l’industrie de la marijuana et ceux qu’on appelle les « marimberos » [trafiquants de marijuana] de la côte Caraïbe ». Pour ce qui concerne le Mexique, ajoute-t-il, « le trafic de cocaïne a pris le pas sur des réseaux déjà existants développés par les organisations mexicaine de trafiquants de drogue qui étaient spécialisées dans la production de marijuana et d’héroïne (black tar) menée par des générations de « gomeros » [nom donné aux premiers trafiquants au Mexique], principalement dans l’Etat de Sonora ». En Afrique, la marijuana est certes cultivée, comme dans de nombreuses régions dans le monde, mais ni la coca, ni le pavot ne le sont.
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