Une guerre ne se lance pas du jour au lendemain, elle se prépare ; moitié au grand jour, sur les estrades politiciennes et dans les médias, moitié au secret, sur les terrains d’entraînement militaires et dans les plans de bataille. Une guerre se donne d’abord les conditions d’une apparente légitimité, pour gagner une part (si ce n’est la totalité) de la population à sa cause. Elle se forge dans les esprits autant que se gagne sur le terrain.
L’ouvrage d’Hacène Belmessous s’intitule Opération banlieues [1] - mais c’est le sous-titre qui résume parfaitement ce livre aussi remarquable qu’inquiétant : Comment l’État prépare la guerre urbaine dans les cités françaises. L’histoire d’une martiale montée en puissance, les habitants des quartiers populaires dans le viseur. Eux à qui on intime d’aimer la France, au risque sinon de devoir la quitter - l’identité nationale pour grossier rappel de cette injonction à toujours baisser la tête et se sentir étranger. Eux qui voient les rares opérations de rénovation de leur habitat menées au prétexte de l’ordre - bailleurs, municipalités et policiers dressant ensemble les plans de ces immeubles pensés pour faciliter la contre-guérilla urbaine [2]. Eux qui subissent cette police de combat, portée aux nues par Nicolas Sarozy et créditée de tous les pouvoirs - à tel point que l’auteur établit un parallèle avec la police nationale israélienne. Eux qui ne croient plus - bien obligés - à ces miroirs aux alouettes qu’on leur agite, le plan Espoir Banlieues de Fadela Amara pour dernière mouture [3]. Eux - enfin - qui voient se profiler la certitude, à court ou moyen terme, d’une intervention militaire, soldats chargés de « pacifier » leurs quartiers.
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