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une petite ballade écléctique ....

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LAÏCITÉ : NON AUX AMALGAMES

Henri PENA-RUIZ
Philosophe, professeur, écrivain. Ancien membre de la Commission Stasi sur l‘application du principe de laïcité dans la République.

Derniers ouvrages parus. :Leçons sur le bonheur (Flammarion) et Qu’est-ce que la laïcité ? (Gallimard).



Le débat démocratique requiert l’honnêteté intellectuelle. Sans cela, il reste un dialogue de sourds. S’agissant de la laïcité, des amalgames polémiques et un vocabulaire insidieux ne cessent de fausser les choses, et il serait temps d’y renoncer.

La laïcité assimilée à l’athéisme…Premier amalgame, si fréquent, qu’il aboutit à brouiller radicalement la compréhension de la laïcité. L’athéisme est une option spirituelle au même titre que l’option religieuse. Comme telles, l’une et l’autre sont respectables, tant qu’elles ne se traduisent pas par une posture oppressive. La laïcité n’est solidaire d’aucune option spirituelle, car elle conjugue l’affirmation de la liberté de conscience et celle de la neutralité de la puissance publique, condition d’un traitement égal des divers croyants, des athées, et des agnostiques. Est-ce lutter contre la religion que de lui refuser tout privilège public ? Est-ce être antireligieux que de refuser la collusion de l’Etat et des Églises? Si c’est le cas, il faudra dire que le croyant Victor Hugo est antireligieux, puisqu’il lance dans son discours contre la Loi Falloux, en Janvier 1851, la célèbre formule : « Je veux l’État chez lui et l’Église chez elle » Pourtant le poète s’exclame dans les Contemplations : «Je viens à vous, Père auquel il faut croire ». On dira alors : certes, mais il existe des défenseurs de la laïcité qui sont des « bouffeurs de curés ». Peut-être. Mais en quoi la confusion illégitime commise par ces personnes autorise-t-elle le contresens sur la notion même de laïcité ? L’athéisme d’État n’est pas plus laïque que les faveurs publiques accordées aux religions. L’ironie de l’histoire est que les croyants qui n’admettent de laïcité que favorable à la religion font le même type d’erreur, mais à l’envers, que les athées qui ne conçoivent de laïcité qu’hostile à la religion. En réalité, ni les uns ni les autres n’acceptent la neutralité qui conduit à l’égalité de statut des options spirituelles. Ils se méprennent donc sur le sens de la laïcité. Celle-ci n’est pas une option spirituelle parmi d’autres, mais la condition de la liberté et de l’égalité de traitement de toutes les options spirituelles. Tel est le sens de la séparation, garantie juridique de cette condition.

La laïcité réduite à l’anticléricalisme… Deuxième amalgame, cultivé à partir de l’ambiguïté du mot clérical. L’activité du clergé ne dérange personne tant qu’elle se déploie sans mainmise sur la sphère publique. A cet égard on ne saurait lui être hostile. En revanche la faculté du clergé d’imposer une loi à partir d’une foi est évidemment inacceptable. L’anticléricalisme qui lui répond n’existerait pas sans cette dérive oppressive. S’en prendre au cléricalisme comme prétention politique, ce n’est pas s’en prendre au clergé comme tel. Victor Hugo, simultanément, fait l’éloge de la foi religieuse et dénonce avec vigueur le « parti clérical ». La réduction de la laïcité à l’anticléricalisme est donc contestable. D’une part, elle laisse croire que la laïcité n’existe que comme négation d’autre chose, qu’elle est négative. D’autre part, elle définit un idéal par les luttes historiques nécessaires à son avènement, ce qui est irrecevable. Les droits de l’homme ne se définissent pas par la prise de la Bastille. Celle-ci, pourtant, a été le préalable à leur proclamation.

L’expression publique des religions confondue avec leur privilège institutionnel …Troisième amalgame. La laïcité n’a jamais consisté à dénier aux représentants des religions le droit de s’exprimer dans l’espace public, mais seulement la faculté de contrôler cet espace, ou d’y jouir de privilèges reconnus. Les adversaires religieux de l’avortement ou du mariage homosexuel ont tout loisir de le dire dans le débat public. Mais ils ne sauraient exiger, en tant que groupe de pression, qu’ils soient interdits. C’est ce qui s’est passé dans la Pologne catholique, et qui risque de se passer si l’Europe reconnaît un tel pouvoir aux Églises. Même remarque pour le débat en cours sur l’euthanasie ou les manipulations génétiques à finalité médicale.

 suite site source:http://chessy2008.free.fr/articles/articles.php?id=72&cat=9 

bon à rappeler en ce temps de tentative de re-christianisation forcée...

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