La France s'engage enfin avec retard dans le débat mondial qui remet en cause le modèle prohibitionniste mis en place par le gouvernement américain et le président Nixon il y a exactement 50 ans. Amplifié par les travaux de la Global Commission on Drug Policy, une série d'attaques concentriques contre le principe de « guerre à la drogue » réunit plusieurs personnalités issus des milieux les plus divers.
L'offensive est menée par un maire de banlieue, Stéphane Gatignon, et un ancien ministre de l'Intérieur socialiste, Daniel Vaillant. Mais au-delà de ces figures de proue, de nombreux ouvrages favorables à une réforme de notre législation se sont succédés dans nos librairies ces derniers mois.
Toutes ces prises de position ont un point commun, elles mettent en cause ce qui est supposé être le noyau dur de la répression : son efficacité en matière de protection des individus. Ce débat apparemment innovant doit en vérité beaucoup à l'argumentation en trois points défendus par les militants anti-prohibitionnistes américains :
Or, malgré d'évidentes similitudes, le débat français reste muet sur ce qui constitue l'un des points forts de l'argumentation américaine : la prohibition frappe de plein fouet les minorités ethniques, ceux que nous appelons les « Français issus de l'immigration ».
Ce silence mérite d'être analysé car il recouvre de nombreux espaces délaissés ou maltraités par le débat français. Comme souvent, les questions ethniques sont les plus délicates à manier car elles frappent au cœur notre société dans ses zones d'ombres et ses non-dits.
Si l'on prend la peine d'étudier l'argumentation antiprohibitioniste américaine, on s'aperçoit que son architecture s'adapte parfaitement au logiciel antidiscriminatoire utilisé habituellement par les minorités :
Il est absolument fascinant de constater à quel point ces trois arguments peuvent se décliner façon « frenchy », appliqués au contexte des banlieues et autres zones périphériques urbaines. En France aussi, les minorités ethniques subissent tous les jours une discrimination au faciès sous prétexte de traquer la « boulette », un état de fait confirmé par notre mascotte nationale, Eric Zemmour.
En France aussi, le territoire des cités est ravagé par la guerre à la drogue. C'est d'ailleurs l'argument principal utilisé par Stéphane Gatignon « pour en finir avec les dealers ». En France aussi, la principale demande de drogues émane des centres-villes bobo, voire bourgeois tout court comme le confirme une étude de l'Observatoire Français des Drogues et Toxicomanies (OFDT), comparant les niveaux de saisie dans les différents arrondissements de la capitale.

Alors pourquoi ce mutisme ? Pourquoi le facteur ethnique n'est-il pas brandi comme un argument supplémentaire, voire rédhibitoire du caractère fondamentalement inique de la loi de 1970 sur les stupéfiants ? La réponse est complexe et toujours nimbée par notre mystère républicain :
La casserole des drogues illicites qui est fièrement brandie par les minorités américaines comme un effet supplémentaire du racisme est pudiquement cachée par nos élites noires ou arabes. Au risque de la voir un jour brandie par ceux qui ont le plus d'intérêt à leur taper dessus avec.
site source:http://www.rue89.com/2011/06/28/comment-la-guerre-a-la-drogue-aggrave-les-discriminations-211229