C’était le matin du 24 décembre. Je marchais sur les trottoirs verglacés de Paris. En sens inverse arrivait une jeune femme, une de ces délicieuses inconnues croisées dans la rue et aussitôt oubliée. Désireux d'attirer son attention, j'essayai de donner à ma démarche une allure sensuelle et décidée, mais je ne fis que me raidir. Elle sourit. Troublé, je perdis l’équilibre, glissai sur une plaque de verglas pour me cogner violemment la tête dans la vitrine du
Centre gai et lesbien. Les derniers mots aperçus avant de basculer dans le néant furent ceux d’une affiche de promotion pour le cannabis,
L’appel du 18 joint. Difficile d’imaginer mort plus idiote.
Je suis arrivé au Ciel, immense paysage de nuages blancs et cotonneux s'étendant à perte de vue. J'avançais sur un chemin conduisant vers une grille, où les services de Saint-Pierre accueillaient les arrivants. Au milieu d’une foule d’éclopés, je regardai, interloqué, l’enseigne surplombant la grille, « L’éternité c’est long, surtout vers la fin », une citation de Woody Allen.
Un employé de l’accueil, devina mes pensées et s’exclama :
- Toujours pareil avec les mortels. Ils s’imaginent que l’humour n’a pas droit de cité au Paradis...
- Non, non... C’est juste que… J’ignorais qu’on appréciait l’humour juif au paradis des chrétiens, répondis-je en souriant.
Il avait l’air amusé par ma répartie. Un courant de sympathie passa entre nous.
- Je suis un Employé-Ange. Venez avec moi, nous allons examiner votre vie.